Lee Miller, mélancolie débordante et chambres d’hôtel : dans la photothèque d’Éloïse Labarbe-Lafon

12 mars 2025   •  
Écrit par Marie Baranger
Lee Miller, mélancolie débordante et chambres d'hôtel : dans la photothèque d'Éloïse Labarbe-Lafon
Diane et Luna, 2023 © Eloïse Labarbe-Lafon
Autoportrait d'une femme aux cheveux noir portant du rouge à lèvre.
Si tu devais ne choisir qu’une seule de tes images, laquelle serait-ce ? © Eloïse Labare-Lafon

Des premiers émois photographiques aux coups de cœur les plus récents, les auteurices publié·es sur les pages de Fisheye reviennent sur les œuvres et les sujets qui les inspirent particulièrement. C’est aujourd’hui au tour d’Éloïse Labarbe-Lafon de nous introduire dans son univers coloré, peint et intimiste où la fabrique de l’image – et en particulier l’autoportrait – sert de thérapie.

Si tu devais ne choisir qu’une seule de tes images, laquelle serait-ce ?

Ce serait peut-être l’autoportrait où je force l’ouverture de mon œil avec deux doigts. C’est la couverture de mon premier livre photo. J’utilise l’autoportrait comme terrain de jeu pour documenter les états qui me traversent, pour arrêter le temps, pour combler un vide. Celui-ci avait eu un pouvoir calmant instantané lors d’un moment d’angoisse. Ensuite, les actions de développer le film, tirer la photo, la peindre érigent une préciosité autour de l’image et figent pour toujours l’effet thérapeutique qu’elle a eu.

La première photographie qui t’a marquée, et pourquoi ?

Quand j’étais enfant, je me rappelle que le Pentax argentique de mes parents était toujours à portée de main, jusqu’à ce qu’il disparaisse dans un cambriolage. Je me souviens non pas d’une photo en particulier, mais des énormes albums que ma mère remplissait et compilait. J’adorais leur poids, leur odeur et leur existence, peut-être encore plus que leur contenu.

Un shooting rêvé ?

J’en ai plusieurs, mais je dois les garder pour moi sinon ils ne se réaliseront pas !

Une jeune femme à la robe mauve sur les épaule d'un homme en demin accroupi
La première photographie qui t’a marquée, et pourquoi ? © Eloïse Labarbe-Lafon
Deux visages de femmes entourrées de bandes de tissu
Un shooting rêvé ? © Eloïse Labarbe-Lafon
Jeune femme à la robe bleue assise de dos devant une cheminée
Un ou une artiste que tu admires ? © Eloïse Labarbe-Lafon

Un ou une artiste que tu admires ?

Lee Miller. Pour sa carrière complète, sa force, sa volonté de ne pas se satisfaire du rôle de muse, sa contribution au surréalisme, sa pratique de l’autoportrait, son travail de reporter de guerre. Une immense artiste à qui je pense souvent quand je solarise des images dans ma chambre noire.

Une émotion à illustrer ?

Une mélancolie dévorante, un état intérieur que l’image peut rendre visible.

Un genre photographique, et celui ou celle qui le porte selon toi ?

Il est difficile de se limiter à un genre. Il y a la photo pictorialiste avec Henry Peach Robinson et Gertrude Käsebier ainsi que leur descendante Sarah Moon. Il y a la photo surréaliste avec Dora Maar et Man Ray, et enfin l’autoportrait, porté par des artistes comme Cindy Sherman et Francesca Woodman ou encore Sophie Calle, qui explore ce genre et documente l’intime sans se cantonner à la photographie.

Autoportrait d'une femme aux cheveux noire habillée en chat rouge
Une émotion à illustrer ? © Eloïse Labarbe-Lafon
Une femme blonde accroupie qui noue la robe d'une femme debout aux cheveux noirs
Un genre photographique, et celui ou celle qui le porte selon toi ? © Eloïse Labarbe-Lafon
Autoportrait d'une femme sur un lit d'hôtel en serviette
Un territoire, imaginaire ou réel, à capturer ? © Eloïse Labarbe-Lafon

Un territoire, imaginaire ou réel, à capturer ?

Les chambres d’hôtel. Ces espaces anonymes et neutres, paradoxalement infusés d’énergies diverses et troublantes. Ces territoires relèvent simultanément du réel et de l’imaginaire. J’ai réalisé un projet d’autoportraits sur 42 chambres de motels dans lesquelles j’ai dormi, intitulé Motel 42.

Une thématique que tu aimes particulièrement aborder ?

L’autoportrait permet de sonder les archétypes et l’intimité. J’aime que mon visage et mon corps deviennent un moyen d’exprimer des émotions allant au-delà de ce que je suis, jusqu’à ce que je ne me reconnaisse plus dans les images. Je m’intéresse plus largement à la fusion du réel et de la mise en scène dans une exploration des identités, de la mémoire, du temps et de la narration.

Un événement artistique que tu n’oublieras jamais ?

Encore un retour en enfance ! Mon premier souvenir d’exposition, à 6 ans, en 2001. J’étais toute petite dans le musée des Abattoirs de Toulouse et découvrais l’exposition immersive de Yayoi Kusama. L’art s’était répandu partout pour devenir mon environnement, comme un monde libre où la couleur et la sensorialité prenaient le dessus sur tout le reste.

À l’inverse, pour citer un événement très récent, je dirais Julia Margaret Cameron au Jeu de Paume en 2023-2024. J’ai passé des heures devant les tirages, avec l’impression de contempler les plus beaux fantômes du monde.

Une œuvre d’art qui t’inspire particulièrement ?

La bande originale d’Almanach d’automne (1984, Béla Tarr) par Mihály Vig. Et toutes celles qu’il a réalisées pour les films de Béla Tarr.

Autoportrait d'une femme en tenue d'infirmière de guerre
Une thématique que tu aimes particulièrement aborder ? © Eloïse Labarbe-Lafon
Un homme debout de dos sur une barque au milieu d'un lac
Une œuvre d’art qui t’inspire particulièrement ? © Eloïse Labarbe-Lafon
Une maison
Un événement artistique que tu n’oublieras jamais ? © Eloïse Labarbe-Lafon
À lire aussi
Motel 42 : Eloïse Labarbe-Lafon peint le décor d’un road trip
© Eloïse Labarbe-Lafon
Motel 42 : Eloïse Labarbe-Lafon peint le décor d’un road trip
Composé d’une quarantaine de portraits pris dans des chambres durant un road trip, Motel 42 d’Eloïse Labarbe-Lafon s’impose comme un…
06 décembre 2024   •  
Écrit par Lou Tsatsas
Douceur glaciale : les mirages picturaux d’Éloïse Labarbe-Lafon
Douceur glaciale : les mirages picturaux d’Éloïse Labarbe-Lafon
Individus esseulés bercés par les effrois du passé, horizons chimériques aux couleurs antiques. Éloïse Labarbe-Lafon créée avec…
10 février 2022   •  
Écrit par Ana Corderot
InCadaqués 2024 : la baie aux mille expérimentations
© Éloïse Labarbe-Lafon
InCadaqués 2024 : la baie aux mille expérimentations
Jusqu’au 13 octobre 2024, le festival InCadaqués dévoile sa programmation au détour des ruelles du charmant village espagnol. Une 8e…
07 octobre 2024   •  
Écrit par Lou Tsatsas
Explorez
Les coups de cœur #581 : Angèle Antonot et Selma Beaufils
© Selma Beaufils
Les coups de cœur #581 : Angèle Antonot et Selma Beaufils
Selma Beaufils et Angèle Antonot, nos coups de cœur de cette semaine, s’inspirent de l’aspect cinématographique du quotidien. Toutes deux...
27 avril 2026   •  
Écrit par Ana Corderot
Les images de la semaine du 20 avril 2026 : décomposer pour redécouvrir
© Helena Almeida sans titre, 1975 Fundació Foto Colectania.
Les images de la semaine du 20 avril 2026 : décomposer pour redécouvrir
C’est l’heure du récap ! Cette semaine, nous décomposons les images pour découvrir les processus créatifs qui se cachent derrière ce que...
26 avril 2026   •  
Écrit par Esther Baudoin
Diseños habitados au Château d'Eau : dans le dessin, le dessein
© Helena Almeida sans titre, 2001 Fundació Foto Colectania.
Diseños habitados au Château d’Eau : dans le dessin, le dessein
Jusqu’au 23 août 2026, la Tour du Château d'Eau accueille Diseños habitados, une exposition en collaboration avec le Fundació Foto...
24 avril 2026   •  
Écrit par Ana Corderot
Les coups de cœur #580 :  Lili Leboch et Adèle Berthelin
© Adèle Berthelin
Les coups de cœur #580 : Lili Leboch et Adèle Berthelin
Cette semaine, Lili Leboch et Adèle Berthelin, nos coups de cœur, révèlent ce qui gravite autour d'elles, ou ce qui vit aux marges....
20 avril 2026   •  
Écrit par Ana Corderot
Nos derniers articles
Voir tous les articles
Art et Patrimoine en Perche 2026 dévoile un parcours peuplé de légendes
Strange Place for Sunrise #04 © Dana Cojbuc
Art et Patrimoine en Perche 2026 dévoile un parcours peuplé de légendes
Le parcours Art et Patrimoine en Perche revient pour une 7e édition. Jusqu’au 14 juin 2026, quinze lieux d’exception présentent des...
08 mai 2026   •  
Écrit par Apolline Coëffet
Laurent Lafolie : la matière et le désir
BLANK, œuvres uniques. 15 images 180 × 225 cm, gravure laser sur carton gris recyclé. © Laurent Lafolie
Laurent Lafolie : la matière et le désir
Artiste auteur, maître tireur et enseignant, Laurent Lafolie explore les limites de la matérialité photographique. Dans son atelier, il...
07 mai 2026   •  
Écrit par Fabrice Laroche
La sélection Instagram #555 : manifestons !
© satch3l__ / Instagram
La sélection Instagram #555 : manifestons !
Ce jeudi 1er mai, manifestants et manifestantes élevaient leur voix pour revendiquer leurs droits en cette fête des travailleur·euses....
05 mai 2026   •  
Écrit par Esther Baudoin
Robert Charles Mann : l’odyssée d’un maître de la lumière et du son
© Robert Charles Mann, courtesy Galerie Capazza
Robert Charles Mann : l’odyssée d’un maître de la lumière et du son
Le Domaine national de Chambord nous invite, jusqu’au 21 juin 2026, à une plongée dans l’univers de Robert Charles Mann. SOLARIS est bien...
04 mai 2026   •  
Écrit par Fabrice Laroche