Extrême Hôtel : voyage dans l’œuvre intime et colorée de Raymond Depardon

10 décembre 2025   •  
Écrit par Apolline Coëffet
Extrême Hôtel : voyage dans l’œuvre intime et colorée de Raymond Depardon
Italie, Sicile, Taormine, 1981 © Raymond Depardon / Magnum Photos
Une rue de Johannesburg, Afrique du Sud, 2006
Afrique du Sud, Johannesburg, 2006 © Raymond Depardon / Magnum Photos

Après huit mois de travaux pour rénovation, le Pavillon populaire de Montpellier rouvre ses portes. À cette occasion, le musée accueille Extrême Hôtel, de Raymond Depardon, jusqu’au 12 avril 2026. Réalisée à partir d’une carte blanche confiée à deux commissaires, l’exposition donne à voir ses tirages en couleur, parmi lesquels se comptent de nombreux inédits.

Trois ans après Communes, Raymond Depardon réinvestit le Pavillon populaire avec un nouvel accrochage réunissant près de 150 tirages. Intitulé Extrême Hôtel et visible jusqu’au 12 avril prochain, celui-ci résulte d’une carte blanche dont l’objectif consiste à « montrer comment son travail de photoreporter l’a amené vers l’intime », explique Marie Perennès, commissaire de l’exposition aux côtés de Simon Depardon. Ce mouvement s’exprime notamment par l’usage de la couleur, celle-là même qu’il emploie quand « il cherche la douceur », indique-t-elle. Pendant longtemps, le membre de l’agence Magnum a opposé ces projets-là – qu’il jugeait plus difficiles à réaliser – à ceux aux nuances monochromes qui ont fait sa renommée. S’il assure être « arrivé à une paix intérieure », cette rétrospective montpelliéraine s’impose, selon lui, comme une manière de renouveler son regard sur son œuvre. 

Un prisme plus intime

Pour élaborer Extrême Hôtel, les commissaires ont pu s’immiscer dans les archives couleur de Raymond Depardon. Pour chacun de ses déplacements, le photographe avait coutume de s’équiper de deux boîtiers : l’un chargé d’une pellicule en noir et blanc, destinée à ses reportages, et l’autre d’un film en couleur, qui devait servir à saisir une image accrocheuse pour la couverture de titres tels que Paris Match ou Life. Dans l’une des premières salles du musée, nous redécouvrons ainsi quelques-unes de ses séries pour la presse. Des Jeux olympiques à la politique française et américaine, en passant par des sujets au Chili, en Algérie, au Liban, en Afghanistan ou au Vietnam, ses compositions retracent une histoire du monde et du photojournalisme. Dans les vitrines, les passeports, les billets d’avion ou encore les accréditations dont l’auteur disposait prennent place. Tous ces éléments sont d’époque et participent à esquisser les grandes lignes de la vie d’une agence.

Dans un autre espace à la dominante orangée se dévoilent des compositions pour la DATAR, à savoir la Délégation interministérielle à l’aménagement du territoire et à l’action régionale, datant de 1984. Les pièces dépeuplées s’avèrent être celles de la ferme de ses parents. Cette série à la chambre cristallise la façon dont Raymond Depardon se réapproprie une commande à travers un prisme plus intime, une approche en couleur. Notre déambulation nous mène ensuite dans une grande salle regroupant des images du monde entier. La scénographie nous invite à nous perdre dans le dédale de ces rues, de ces fragments d’existence saisis sur le vif, comme le photographe a pu le faire au moment de ses prises de vue. D’autres recoins sont plus ciblés géographiquement. À Glasgow, « la couleur devient le sujet de cette atmosphère assez sombre », souligne Simon Depardon. À Carthagène, à Tokyo ou au bord de la Méditerranée, ses clichés « montrent qu’il retourne sur des lieux qu’il a déjà photographiés pour chercher autre chose », assure Marie Perennès. L’ensemble, dépourvu de son contexte, permet alors d’appréhender ce vaste corpus différemment. Les visiteurs se sentent comme des voyageurs tandis que la beauté et le geste prévalent sur le reste. Sans véritables repères, ils observent, prennent parfois le temps d’essayer de comprendre, et se laissent toucher par les détails qui retiennent leur attention.

À lire aussi
Raymond Depardon, l’éloge du passage
© Raymond Depardon
Raymond Depardon, l’éloge du passage
La Galerie Magnum présente Raymond Depardon : Passages, une rétrospective visible jusqu’au 26 juillet 2025. À travers une…
18 juin 2025   •  
Écrit par Costanza Spina
Raymond Depardon immortalise une paisible ruralité
Raymond Depardon immortalise une paisible ruralité
Au Pavillon Populaire de Montpellier, Raymond Depardon présente Communes. Un périple rural en Occitanie, immortalisé à la chambre…
24 février 2022   •  
Écrit par Lou Tsatsas
Explorez
Rencontres d'Arles 2026 : les coups de cœur de la rédaction
Dana Steichen, M. Steichen est surpris par Mme Steichen en train de croiser un delphinium blanc avec un delphinium violet foncé afin d'augmenter la taille des fleurs de la variété blanche, Umpawaug Farm, Connecticut, États-Unis, 1938 Collection Spuerkeess. © 2026 The Estate of Edward Steichen / Artists Rights Society (ARS), New York.
Rencontres d’Arles 2026 : les coups de cœur de la rédaction
La semaine d'ouverture vient de se clôturer, mais le festival, quant à lui, sera bien présent tout l'été, et ce, jusqu'au 4 octobre...
13 juillet 2026   •  
Mallory Lowe Mpoka élue lauréate du prix de la photo Madame Figaro
© Mallory Lowe Mpoka, In the Weft of Memory [Dans la trame de la mémoire] (détail), Musée des Beaux-Arts du Canada, Ottawa, 2025, tissage jacquard et perles de verre Avec l’aimable autorisation de l’artiste.
Mallory Lowe Mpoka élue lauréate du prix de la photo Madame Figaro
Le prix de la photo Madame Figaro, dédié aux femmes photographes émergentes, soutenu par Kering, a récompensé, à l’occasion des...
11 juillet 2026   •  
Écrit par Ana Corderot
Le prix Dior de la photographie attribué à Akari Takenobu
Threshold © Akari Takenobu, pour Christian Dior Parfums
Le prix Dior de la photographie attribué à Akari Takenobu
Initié en 2018 par Christian Dior Parfums, en partenariat avec LUMA Arles et l’École nationale supérieure de la photographie (ENSP) le...
10 juillet 2026   •  
Écrit par Ana Corderot
Émotions et mémoire brute à la Fisheye Gallery d’Arles
© Li Hui
Émotions et mémoire brute à la Fisheye Gallery d’Arles
Cet été, la Fisheye Gallery, rouvre ses portes à Arles, avec deux expositions sous le commissariat de Tess Druot. La première réunit...
09 juillet 2026   •  
Écrit par Deng Qiwen
Nos derniers articles
Voir tous les articles
Bertien van Manen : étendre les contours de la société
© Bertien van Manen, Works "Ljalja, Odessa", 1991 Série / From the series : Let's sit down before we go / Courtesy of Stichting Bertien van Manen.
Bertien van Manen : étendre les contours de la société
Dans le cadre du Grand Arles Express, le Centre de la photographie de Mougins consacre une dense exposition à Bertien van Manen. Une...
Il y a 1 heure   •  
Écrit par Apolline Coëffet
Fragile beauté, une exposition à la sensibilité débordante 
©Ryan-McGinley-Dakota-Hair
Fragile beauté, une exposition à la sensibilité débordante 
Jusqu'au 27 septembre, le Jeu de Paume ouvre ses portes à la collection de Sir Elton John et David Furnish. L'exposition, intitulée...
21 juillet 2026   •  
Écrit par Annabelle GARBIGLIA
La sélection Instagram #561 : frissons dans tout le corps 
La sélection Instagram #561 : frissons dans tout le corps 
Cette semaine les photographes capturent à travers leur objectif le sport sous toutes ses formes. Les frissons parcourent les corps, une...
21 juillet 2026   •  
Écrit par Annabelle GARBIGLIA
Hélène David : les voix du vivant
© Hélène David
Hélène David : les voix du vivant
Pendant quatre ans, Hélène David a arpenté le Pays basque à la rencontre de celles et ceux qui l'habitent – humains, animaux, montagnes...
20 juillet 2026   •  
Écrit par Anaïs Viand